Non-violence à l'école et dans la société : le double héritage d'Ibrahim Rugova

Auteur

Jean-Yves Carlen et Jean-Marc Muller

Année de publication

2014

Cet article est paru dans

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Quand le Kosovo a été placé sous protectorat de l’ONU en 1999, les institutions internationales européennes ont multiplié les actions à destination des Kosovars autour de la question du dialogue interethnique. Puis est venu le temps des formations aux « standards » européens dans différents domaines, dont l’éducation.

Depuis 2000, l’action du Mouvement pour une Alternative Nonviolente (MAN) entre dans cette logique tout en offrant des spécificités. À la différence des programmes des ONG, clés en mains et limités dans le temps, les formations du MAN s’inscrivent dans la durée. Elles sont fondées sur des liens d’amitié noués avant la guerre (1998-1999), le MAN étant présent au Kosovo depuis 1995. Les contenus naissent des questionnements partagés. Les méthodes, alternant jeux et analyse, encouragent la coopération.

Le MAN Centre-Alsace a récemment dispensé une formation à la non-violence auprès d’enseignants de lycée à Gjilan/Gnilane. Elle a fait émerger des préoccupations professionnelles assez proches de celles de leurs homologues français, comme trouver un équilibre entre une tradition d’enseignement magistral et les aspirations des élèves (être écouté, prendre la parole, etc.). Dans un contexte où les effectifs dépassent largement 40 élèves par classes, de telles aspirations génèrent des tensions vives.

S’ajoutent à cette dimension pédagogique, la prise en compte des situations violentes telles que les intrusions, les introductions d’armes, les dépréciations du statut d’enseignant, ou encore les souvenirs traumatiques vécus par les collègues pendant le conflit.

Il y a donc une double carte à jouer : celle de l’innovation pédagogique par le partage d’expériences et celle, politique, de la ligne non-violente. Au Kosovo, un homme a témoigné de ce double ancrage : Ibrahim Rugova, pionnier de la résistance non-violente civile et professeur.

Pour le MAN, une responsabilité s’impose : faire connaître cet héritage alors que des courants serbes et occidentaux tendent à imposer une image réductrice du Kosovo, celle d’une société hier guerrière, aujourd’hui mafieuse. Ce qui est effectivement un risque si l’Europe persiste à maintenir les Balkans sous perfusion, sans projet d’envergure. L’ouverture et la visibilité sont des enjeux actuels majeurs.


Article écrit par Jean-Yves Carlen et Jean-Marc Muller.

Article paru dans le numéro 170 d’Alternatives non-violentes.