Auteur

Patrice Bouveret

Année de publication

2017

Cet article est paru dans

183.jpg

Militant lyonnais, Bruno Barrillot nous a quittés le 25 mars à Tahiti entouré par ses amis polynésiens, des suites d’un cancer. Il aurait eu 77 ans le 9 avril 2017.

Retracer sa vie, c’est parcourir cinquante ans d’action antimilitariste. Aumônier auprès d’un groupe MRJC (Mouvement rural de la jeunesse chrétienne) Rhône-Loire, il est interpellé sur l’armée. Plusieurs jeunes refusent le service militaire et créent en 1973 le groupe « Objections en monde rural ». Bruno les accompagne et, avec d’autres, renvoie son livret militaire pour marquer son soutien. Il se retrouvera devant les tribunaux et participera à la coordination nationale des renvoyeurs de livret.

Au-delà du simple soutien, il voulait aussi comprendre le rôle de l’armée dans la société. Pour cela, il a entrepris un Master de recherche à l’Université en 1984-1985 alors que nous étions en pleine bagarre contre l’implantation de missiles nucléaires soviétiques et américains de part et d’autre du rideau du fer qui séparait l’Europe en deux blocs en pleine guerre froide. Son mémoire d’étude portait sur l’évolution de l’Église vis-à-vis de la dissuasion nucléaire. Une évolution qui lui fit prendre ses distances avec l’institution.

En 1984, il est l’un des trois co-fondateurs de l’Observatoire des armements et, durant une quinzaine d’années, il en a assumé la direction. La critique des essais nucléaires était un axe central dans la perspective de l’abolition de ces armes ainsi que le renforcement du contrôle démocratique des transferts, de l’industrie d’armements.

Bruno a contribué en 1991 à la mise en place du collectif « Stop essais! » (devenu aujourd’hui «  Abolition des armes nucléaires-Maison de Vigilance ») et de son bulletin mensuel dont il a été l’animateur durant de nombreuses années.

En 1990, il effectue son premier voyage en Polynésie. « En raison de ce que j’avais vu, j’avais besoin de comprendre. » Dès lors, il n’a pas cessé de dénoncer, d’interpeller, de tisser un réseau, pour que vérité et justice soient rendues aux victimes des essais nucléaires. Un travail d’investigation, effectué avec modestie et ténacité, est à l’origine de la loi du 5 janvier 2010 en faveur des victimes. Le Nuclear free futur award, ou « Prix de l’avenir sans nucléaire », lui a été décerné en 2010, pour honorer cet engagement sans faille.

Son départ provoque un immense vide. Et cependant les nombreuses investigations qu’il a menées continueront d’être le socle indispensable pour tous ceux qui agissent pour faire reconnaître les conséquences sanitaires, environnementales des essais et poursuivre cette immense tâche d’un avenir sans menace atomique suspendue au-dessus de nos têtes.

En accord avec sa famille, l’Observatoire des armements (CDRPC) a créé un « Fonds Bruno Barrillot » pour financer la numérisation des archives sur les essais nucléaires, les transmettre en Polynésie et permettre leur accès sur Internet.

Pour y participer : Observatoire des armements, La Banque Postale, Iban FR71 2004 1010 0703 3059 6S03 853, mention « Fonds Bruno Barrillot ».

Pour un reçu fiscal, adressez votre demande par email à pourbruno@obsarm.info

www.obsarm.org


Patrice Bouveret est co-fondateur et directeur de l’Observatoire des armements.


Article écrit par Patrice Bouveret.

Article paru dans le numéro 183 d’Alternatives non-violentes.