Muos, monstre silencieux dans la Méditerranée

Auteur

Stefano Nanni

Localisation

Italie

Année de publication

2014

Cet article est paru dans

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Le Muos est un projet qui va bien au delà de la simple transmission informatique de données. Derrière ce sigle se cachent des enjeux géopolitiques
globaux fondamentaux. C’est un système avancé de télécommunication qui appartient à la Marine des États-Unis ; elle en détient l’exclusivité. Trois antennes
sont en construction en Italie (Niscemi, province de Caltanissetta, Sicile).

Le Mobile User Objective System représente un point de référence pour la gestion automatisée des guerres. Parmi ses fonctions principales, on trouve la coordination à distance de drones, considérés comme « le moyen le plus efficace pour la lutte contre le terrorisme » d’après l’administration de Barack Obama. Celui-ci en a fait davantage usage que son prédécesseur.Quand les drones ne tuent pas directement, ils servent d’instrument pour refouler les migrants. C’est le
cas de l’Italie qui, dans le cadre d’un accord militaire avec la Lybie, déploie ses drones aux frontières pour renseigner les autorités libyennes sur tout mouvement non-autorisé.

Face à l’installation des trois antennes « monstrueuses » (25 janvier 2014), à l’approbation définitive du Parlement italien (24 juin 2014), au silence général des médias et au consensus politique qui dépasse les couleurs et les partis, la seule opposition au Muos vient de la population. Depuis la demande initiale, il y a 6 ans, des États-Unis à la région sicilienne (qui compte déjà de nombreux outils et bases militaires des USA), un mouvement appelé « NoMuos » est né à Niscemi. Il s’est ensuite répandu en comités locaux dans la région et au niveau national.

La défense du territoire et de la santé de la population sont les premiers objectifs. Les études scientifiques ne sont pas reconnues par le gouvernement italien. Les actions des « NoMuos » sont caractérisées par la non-violence. Les plus importantes ont été les cortèges du 9 août 2013 et du 1er mars 2014, qui ont amené en Sicile des milliers de manifestants venant de toute l’Italie. Ils ont résisté à la répression de la police, il y a eu des centaines d’arrestations et des blessés. Au-delà de ces manifestations, le mouvement est présent à Niscemi avec une « garnison » permanente (constamment repoussée par des soldats de la marine états-unienne) et lors d’initiatives communautaires comme la promotion de produits biologiques locaux, les campements estivaux et des actions. Une action consiste à couper une partie de la clôture de la base…

Au-delà des succès (forte présence locale, audience nationale), un des défis des « NoMuos » est maintenant de sortir des frontières et de tenter des alliances internationales, en particulier avec les mouvements et les réseaux de paix et de non-violence.


Article écrit par Stefano Nanni.

Article paru dans le numéro 172 d’Alternatives non-violentes.