Patience et détermination ont eu gain de cause

Auteur

Élisabeth Maheu

Année de publication

2014

Cet article est paru dans

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Chaque trimestre, Élisabeth Maheu raconte un fait divers de résistance non-violente.

Pauline Bertrand a commandé des volets à Monsieur Capon, artisan local. Il était question de réaliser les travaux le mois suivant, avant l’hiver. Depuis, cinq mois se sont écoulés, avec de nombreux rappels téléphoniques et des justifications diverses de la part de l’artisan. Celui-ci s’est une nouvelle fois engagé à faire le nécessaire « dès le lundi 8 ». Nous sommes le 10. La cliente va au magasin pour réclamer ses 500 euros d’arrhes.

— Bonjour Madame, je suis Pauline Bertrand. Monsieur Capon devait venir ce lundi poser des volets chez moi. Il n’est pas venu. Je souhaite nous libérer de cette commande et récupérer les 500 euros d’arrhes.

— Excusez-moi, Madame, mon mari est en dépannage.

— Je l’attends. Pouvez-vous le joindre par téléphone ? Pauline sourit et s’assoit en silence sur la chaise disponible. Il est 11 h 50. Madame Capon range quelques papiers tout en regardant Pauline. Elle répond à ses sourires, mais semble un peu inquiète. Puis elle téléphone à Monsieur Capon.

— Mon mari ne sait pas combien de temps cela va durer, il vous rappelle dès que possible. Pauline reste assise.

— Madame, excusez-moi, je dois fermer la boutique dans 5 minutes. Pauline sourit et ne bouge pas. Madame Capon range ses papiers, crispée. Il est 12 h 05.

— Vous ne pouvez pas rester là, quand même !

— Je suis désolée de vous gêner, mais j’attends que Monsieur Capon me rembourse les arrhes.

Madame Capon rappelle son mari. Elle passe le téléphone à Pauline :

— Madame Bertrand ? Ma femme vous a dit que j’allais vous rappeler.

— J’attends ici que vous me rendiez les 500 euros d’arrhes.

— Vous croyez que je n’ai pas assez d’ennuis comme ça ?

— Je ne crois rien du tout, Monsieur Capon, je voudrais des volets à ma maison.

M. Capon, agacé :

— Je vous rappelle. Je vous ai dit que j’avais des gros chantiers qui ne peuvent pas attendre.

— Je comprends que mes volets ne sont pas un gros chantier, mais moi non plus, je ne veux plus attendre. Je vous demande d’y renoncer et de me rendre les 500 €.

— Je vous rappelle demain, je vais voir ce que je peux faire.

— Vous m’avez dit cela trop de fois. J’attends ici le remboursement.

M. Capon, énervé :

— Ma femme vous a dit qu’elle devait fermer la boutique. Il est plus que l’heure d’aller manger.

— J’ai bien entendu, mais je voudrais récupérer dès maintenant les 500 euros d’arrhes.

Il raccroche. Il est 12 h 20. Silence, Pauline sourit mais ne se lève pas. Madame Capon la regarde, ahurie, puis repart dans l’arrière-boutique... 12 h 45, Monsieur Capon arrive essoufflé :

— Vous avez de la chance que j’ai des potes. Les voilà, vos 500 euros ! Il jette les billets sur la table.

— Je vous remercie beaucoup. Je signe sur le devis que j’ai bien reçu les 500 euros en espèces, et que la commande est annulée. Je vous souhaite bon courage pour vos chantiers. Au revoir Monsieur.

— Au revoir ! Ghislaine, baisse le store !


Article écrit par Élisabeth Maheu.

Article paru dans le numéro 170 d’Alternatives non-violentes.