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2012

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Porté par des retraités, un projet d’habitat groupé s’est concrétisé à Saint-Menoux, dans l’Allier. Comment ce projet original s’est-il réalisé ?

Situé au cœur du village, en arrière de maisons plus anciennes, le petit immeuble de deux niveaux est tout neuf et il faut y pénétrer pour se rendre compte de son originalité : 13 appartements relativement petits avec chacun un coin cuisine et une salle d’eau avec douche à l’italienne. À l’extérieur, on compte une salle de bains commune avec baignoire, 4 chambres d’amis que l’on peut réserver pour accueillir amis ou famille, une buanderie collective, des zones de rangements, un grand grenier et, faisant entrée, une immense salle commune qui peut recevoir jusqu’à une cinquantaine de personnes à l’arrière d’une large véranda exposée plein sud.

La construction a été faite en briques monomur isolantes pour l’extérieur, en brique de terre banché pour les cloisons internes, avec une chauffe-eau solaire intégré dans la toiture, une chaudière aux granulés bois 1 , de l’électricité Enercoop 2 , une isolation en laine de bois, la récupération des eaux de pluie et un double réseau de distribution d’eau.
 

 

Projet multigénérationnel 


L’actuelle présidente de l’association des lieux est parisienne d’origine. Elle a rendu visite pendant des années à une tante en maison de retraite et s’est jurée de ne pas vieillir ainsi. Après sa retraite, en 1999, elle part du côté d’Avignon où elle essaie de lancer un projet d’habitat groupé. Le projet se heurte au coût du foncier. Elle connaissait la région de l’Allier pour y être venue en vacances. Elle y retrouve une amie et, avec une autre personne qui l’a suivie depuis Avignon, elles relancent le projet en 2006. À Saint-Menoux, elles découvrent dans un premier temps plusieurs maisons mitoyennes face à l’église en vente, mais une estimation du coût de rénovation leur montre que ce n’est pas la solution.

C’est leur facteur qui leur dit qu’il est prêt à vendre un terrain au cœur du village. Une association est mise en place et une personne suisse, un temps intéressée par le projet, va offrir le prix du terrain. Avec les apports personnels, cela va permettre de n’emprunter qu’après avoir réalisé le gros œuvre (emprunt de 550 000 euros). Quand le chantier démarre, il n’y a que six personnes. Mais de voir monter les murs fait que rapidement, il y a trop de candidatures. À l’arrivée, en 2009, le projet qui espérait être intergénérationnel ne l’est pas vraiment : on a 15 personnes, dont deux couples, une personne dans la trentaine, deux dans la soixantaine, dix dans les soixante-dix et deux octogénaires. Treize femmes et deux hommes.

 

Une construction en interne


Après être passé par un architecte pour les plans et le permis de construire, l’association a fait le choix d’employer deux personnes pour réaliser une partie du gros œuvre en auto-construction, et coordonner les artisans locaux, lesquels ont dû adopter les techniques « saines ». Cela coûte moins cher, mais il n’y a pas de garantie décennale. À l’arrivée, le budget est de 1,5 million d’euros, dont 400 000 ont été apportés par des dons.

 

Réunion maison 


Le bâtiment appartient à l’association. Il n’y a pas de propriété privée. En cas de besoins, des échanges d’appartements peuvent avoir lieu (par exemple si une personne ne peut plus monter à l’étage). 

Chaque personne paie un loyer pour gérer les frais courants et le remboursement de l’emprunt. Le montant de ce loyer est décidé collectivement en fonction des ressources de chacun et non en fonction de la surface (cela va de 350 à 1 000 euros). 

Il y a une « réunion maison » tous les quinze jours pour décider ce que l’on fait ensemble : repas collectifs, chant tous les vendredis soirs (la musique a été un vecteur de rencontre pour le groupe initial), décorations de Noël, choix des abonnements aux revues, gestion des parties collectives dans la maison, mais aussi dans le jardin où ont été plantés des arbres fruitiers 3

Le bâtiment n’est pas médicalisé : dans le village (1 000 habitants), il y a un cabinet médical, des infirmières, des commerces. En octobre 2009, une journée portes ouvertes a permis d’accueillir les gens du village et ils ont été rapidement adoptés. Une chorale du village loue la salle commune deux fois par mois pour répéter. 

Quand on demande ce qui a été le plus dur dans la démarche, plusieurs personnes répondent que cela a été le déménagement : il a fallu quitter son ancien appartement pour intégrer un lieu de vie où les parties privatives sont modestes (de 38 à 60 m2) et donc choisir ce que l’on garde. La plupart ont gardé leur voiture, ce qui donne un parking inutilement rempli. Là le collectif n’a pas encore abouti, même si sur un panneau à l’entrée, il y a des offres de covoiturage. Un cocon pour vieillir autrement. 


1) Le choix du chauffage a été fait en fonction des aides financières possibles. Malheureusement, entre le choix et la réalisation, les conditions avaient changé !

2) Enercoop garantit une électricité provenant d’énergies renouvelables. www.enercoop.fr, tél : 0 811 093 099. 

3) Il y a 5 000 m2 de terrain. La première année, ils y ont cultiver des pommes de terre, mais il n’y a que peu de volontaires pour réaliser un vrai potager.


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Article paru dans le numéro 162 d’Alternatives non-violentes.